Monique Bordry

« Je m’appelle… je m’appelais, plutôt, Monique Mei-Laine Yung. Mon père était chinois et ma mère française, ils s’étaient rencontrés à Paris, dans le milieu des restaurants chinois, qui à l’époque étaient très peu nombreux. Mon père a passé sa vie à monter des restaurants chinois, mais il n’est jamais devenu patron, peut-être faute d’avoir la nationalité française. Il n’a pas voulu la demander, contrairement à certains de ses amis. Il me disait : « De toute façon, même si je deviens Français sur un papier, on ne verra pas la différence sur mon visage. » Je ne pense pas qu’il imaginait retourner un jour dans son pays ; simplement, il se sentait chinois et il ne voyait pas pourquoi il ne le resterait pas jusqu’à la fin de sa vie. Je crois, surtout, qu’il a été très heureux et très fier d’avoir pu conquérir une femme française, de vivre avec elle, de nous avoir eues, ma sœur et moi. Et ma mère, qui était toute jeune quand elle l’a rencontrée, est restée très amoureuse de mon père, jusqu’à sa mort je pense. Il était quelqu’un d’extrêmement doux, calme, rassurant, qui représentait aussi peut-être pour elle l’exotisme d’un pays lointain. Ils ont travaillé ensemble une grande partie de leur vie et par amour pour lui, je pense, elle a appris à parler le chinois du sud, le cantonais – quand ils prononçaient le mot siao haitse, « enfant », nous savions qu’ils parlaient de nous. Quelquefois, elle aimait aussi s’habiller en Chinoise.”
Voir le portrait complet sur le site de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration.

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